Relire ses notes, surligner les passages importants, recopier ses cours : ces habitudes semblent naturelles. Elles donnent l’impression d’apprendre. Les recherches en psychologie cognitive montrent pourtant qu’elles sont peu efficaces. D’autres méthodes, plus exigeantes, donnent de bien meilleurs résultats. Elles sont utiles à tout âge.
L’illusion de la maîtrise
Pourquoi relire et surligner sont-ils si populaires ? Parce qu’ils procurent une sensation agréable. À la deuxième lecture, le texte paraît familier. On a l’impression de le connaître. Les psychologues parlent d’illusion de maîtrise. Reconnaître une information n’est pas la même chose que savoir la retrouver de mémoire.
En 2013, une équipe dirigée par le psychologue américain John Dunlosky a passé en revue des centaines d’études sur dix techniques d’apprentissage courantes. Le surlignage et la relecture ont obtenu la note la plus faible en termes d’utilité. Deux techniques ont obtenu la note la plus élevée : s’auto-tester et répartir son travail dans le temps.
La courbe de l’oubli
Pour comprendre ces méthodes, il faut remonter au XIXe siècle. Le psychologue allemand Hermann Ebbinghaus mène sur lui-même des expériences minutieuses. Il apprend des listes de syllabes sans signification, puis mesure combien il en retient au fil du temps.
Il publie ses résultats en 1885. Il décrit ce qu’on appellera la courbe de l’oubli. Nous oublions très vite après avoir appris, puis plus lentement. Sans révision, une grande partie de ce que nous avons appris disparaît en quelques jours. Mais chaque révision ralentit l’oubli.
1. Se tester plutôt que relire
La technique la plus efficace est contre-intuitive. Au lieu de relire ses notes, il faut essayer de se souvenir de leur contenu sans les regarder. C’est ce qu’on appelle la récupération active, ou l’effet de test.
En 2006, les psychologues Henry Roediger et Jeffrey Karpicke en ont fait une démonstration remarquée. Des étudiants lisaient un texte. Certains le relisaient ensuite plusieurs fois. D’autres le lisaient une fois, puis essayaient de le restituer de mémoire. Une semaine plus tard, le second groupe se souvenait nettement mieux du texte, alors qu’il avait passé moins de temps à le lire.
Le simple effort de récupération renforce la mémoire. Il permet aussi de repérer ce que l’on ne sait pas encore.
Concrètement, on peut :
Fermer son cahier et écrire tout ce dont on se souvient.
Fabriquer des fiches avec une question au recto et la réponse au verso.
Faire des exercices sans regarder la solution.
Expliquer le sujet à voix haute, comme si on l’enseignait.
2. Espacer les révisions
La deuxième technique consiste à répartir son travail dans le temps. Réviser une heure par jour pendant cinq jours est beaucoup plus efficace que réviser cinq heures la veille de l’examen. Ce phénomène, appelé effet d’espacement, fait partie des résultats les plus solides de la psychologie.
La méthode de la répétition espacée en découle. On revoit une information juste avant de l’oublier, à des intervalles de plus en plus longs : le lendemain, trois jours plus tard, une semaine plus tard, un mois plus tard. Des applications de fiches numériques automatisent ce calendrier.
3. Alterner les sujets
La troisième technique s’appelle l’entrelacement. Au lieu de faire vingt exercices du même type à la suite, on mélange plusieurs types d’exercices. Cette alternance semble plus difficile. Elle oblige pourtant à se demander chaque fois quelle méthode appliquer. Elle améliore la capacité à choisir la bonne stratégie face à un problème nouveau.
Cette technique a été surtout étudiée en mathématiques. Elle semble utile dans d’autres domaines, comme l’apprentissage de la musique ou la reconnaissance de styles artistiques.
4. Se poser des questions
Se demander pourquoi une chose est vraie, comment elle se relie à ce que l’on sait déjà, favorise la compréhension. Les chercheurs parlent d’élaboration. Relier une notion nouvelle à un exemple personnel, à une image ou à une autre connaissance aide à l’ancrer dans la mémoire.
5. Dormir
Le sommeil joue un rôle essentiel dans la consolidation des souvenirs. Pendant la nuit, le cerveau rejoue et réorganise une partie de ce qui a été appris dans la journée. Passer une nuit blanche avant un examen est donc doublement contre-productif : on apprend mal et l’on consolide mal.
Un mythe tenace : les styles d’apprentissage
Beaucoup de personnes pensent avoir un style d’apprentissage particulier, visuel, auditif ou kinesthésique. L’idée est très répandue, y compris dans l’enseignement. Elle n’est pourtant pas confirmée par la recherche.
En 2008, une revue de la littérature dirigée par le psychologue Harold Pashler a conclu que rien ne prouvait qu’adapter l’enseignement au style préféré d’un élève améliorait ses apprentissages. Chacun a certes des préférences. Mais tout le monde apprend mieux quand on combine les mots et les images, quand on pratique et quand on se teste.
Pourquoi ces méthodes sont boudées
Si ces techniques sont si efficaces, pourquoi sont-elles si peu utilisées ? Parce qu’elles demandent un effort. Se tester est plus fatigant que relire. On commet des erreurs, on se rend compte de ce qu’on ignore. Cette difficulté est précisément ce qui rend l’apprentissage durable. Les chercheurs américains Robert et Elizabeth Bjork parlent de « difficultés désirables ».
Un plan en quatre étapes
Pour mettre ces méthodes en pratique, on peut adopter une routine simple.
Lire ou écouter une première fois avec attention, en se posant des questions.
Le soir même, fermer le support et noter ce dont on se souvient.
Revoir les points oubliés, puis se tester à nouveau quelques jours plus tard.
Espacer ensuite les révisions et mélanger les sujets.
Ces méthodes ne concernent pas seulement les élèves. Elles servent à préparer un concours, à apprendre une langue, un instrument, un nouveau logiciel au travail. Elles demandent un peu plus d’effort au départ. Elles en épargnent beaucoup ensuite.
Pour aller plus loin
John Dunlosky et al., « Improving Students’ Learning With Effective Learning Techniques », Psychological Science in the Public Interest, 2013
Henry Roediger et Jeffrey Karpicke, « Test-Enhanced Learning », Psychological Science, 2006
Harold Pashler et al., « Learning Styles: Concepts and Evidence », Psychological Science in the Public Interest, 2008
Stanislas Dehaene, Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines, Odile Jacob, 2018
Hermann Ebbinghaus, Über das Gedächtnis, 1885
Fiche de production — ne pas publier




