Il y a un siècle, beaucoup d’enfants ne connaissaient pas leurs grands-parents, ou très peu de temps. Aujourd’hui, la plupart grandissent avec eux, et certains connaissent même leurs arrière-grands-parents. Ce lien, longtemps considéré comme secondaire, intéresse de plus en plus les chercheurs. Il apporte beaucoup aux deux générations.
Une figure nouvelle
L’allongement de l’espérance de vie a transformé la grand-parentalité. Au début du XXe siècle, une personne devenait grand-parent tard et le restait peu d’années. Aujourd’hui, on devient grand-parent en moyenne vers la cinquantaine, souvent en pleine activité professionnelle, et on peut le rester trente ans ou plus.
Les grands-parents d’aujourd’hui sont aussi en meilleure santé et plus actifs que ceux des générations précédentes. Ils voyagent, travaillent, s’engagent dans des associations. Leur rôle auprès des petits-enfants s’est diversifié. Ils gardent les enfants pendant les vacances ou après l’école, transmettent des savoirs, offrent une écoute différente de celle des parents.
Les sociologues Claudine Attias-Donfut et Martine Segalen ont montré, à partir d’enquêtes menées en France, l’importance de ces échanges dans la vie familiale. Ils prennent des formes multiples : garde d’enfants, aide matérielle, transmission de souvenirs, soutien affectif.
L’hypothèse de la grand-mère
Les anthropologues se sont intéressés à une question surprenante. Pourquoi les femmes vivent-elles longtemps après la fin de leur capacité à avoir des enfants ? Chez la plupart des autres mammifères, la fertilité dure presque toute la vie.
À la fin des années 1990, l’anthropologue américaine Kristen Hawkes et ses collègues ont proposé une explication, appelée « hypothèse de la grand-mère ». Elle s’appuie sur des observations menées auprès des Hadza, un peuple de chasseurs-cueilleurs de Tanzanie. Les grands-mères y fournissent une part importante de la nourriture de leurs petits-enfants, notamment en récoltant des tubercules. Leur aide permet aux mères d’avoir des enfants plus rapprochés et améliore la survie des petits.
Selon cette hypothèse, la longévité après la ménopause aurait été favorisée au cours de l’évolution parce que les grands-mères contribuaient à la survie de leur descendance. L’idée reste discutée, mais elle a contribué à faire reconnaître le rôle des grands-parents dans l’histoire humaine.
Ce qu’en retirent les petits-enfants
Les études menées dans plusieurs pays suggèrent que des relations proches avec les grands-parents sont associées à des bénéfices pour les enfants et les adolescents. Ils disposent d’un adulte de confiance supplémentaire, différent des parents. Les grands-parents peuvent offrir un regard plus détendu, moins chargé des enjeux éducatifs du quotidien.
Le lien intergénérationnel permet aussi une transmission. Les grands-parents racontent l’histoire familiale, l’enfance d’autrefois, des événements historiques vécus. Ces récits aident les enfants à se situer dans une lignée et dans le temps. Ils enseignent souvent des savoir-faire : cuisiner, bricoler, jardiner, jouer aux cartes.
Ces bénéfices observés dans les études sont des associations. Ils dépendent de la qualité de la relation, et non de sa simple existence.
Ce qu’en retirent les grands-parents
Le lien profite aussi aux aînés. Des recherches ont associé des relations proches avec les petits-enfants à un meilleur moral et à un sentiment d’utilité. Une étude américaine publiée en 2016 par les sociologues Sara Moorman et Jeffrey Stokes, à partir de données recueillies sur près de vingt ans, a observé que les grands-parents qui donnaient et recevaient un soutien affectif de leurs petits-enfants adultes présentaient moins de symptômes dépressifs.
Le point important est la réciprocité. Les bénéfices semblent les plus nets quand le lien est fait d’échanges dans les deux sens. Les grands-parents qui reçoivent seulement de l’aide, sans pouvoir en donner, ne profitent pas autant de la relation.
Des situations très diverses
Il n’existe pas un modèle unique de grand-parentalité. Certains grands-parents gardent leurs petits-enfants plusieurs jours par semaine. D’autres vivent à des centaines de kilomètres et les voient pendant les vacances. Les familles recomposées multiplient parfois les grands-parents. Les séparations familiales peuvent aussi rompre le lien.
Le droit français reconnaît d’ailleurs à l’enfant le droit d’entretenir des relations personnelles avec ses ascendants. Seul l’intérêt de l’enfant peut faire obstacle à ce droit. En cas de conflit, le juge aux affaires familiales peut être saisi.
Garder le lien à distance
La distance n’empêche pas une relation proche. Les appels vidéo permettent de se voir régulièrement. Les échanges peuvent aussi passer par des moyens plus anciens. Une lettre ou une carte postale reçue par la poste garde un charme particulier pour un enfant.
Quelques idées simples entretiennent le lien :
Partager une activité commune à distance, comme la lecture d’un même livre ou un jeu en ligne.
Raconter des histoires de famille, en s’appuyant sur des photographies anciennes.
Créer un rituel régulier, un appel le même jour chaque semaine.
Passer du temps seul avec chaque petit-enfant lors des visites, plutôt que toujours en groupe.
Les grands-parents, des aidants essentiels
Les grands-parents jouent aussi un rôle pratique considérable. Ils gardent les enfants le mercredi ou pendant les vacances, les accompagnent à l’école, dépannent en cas de maladie. Selon les enquêtes de l’Insee, une part importante des grands-parents s’occupe régulièrement de ses petits-enfants. Cette aide, rarement comptabilisée, permet à de nombreux parents de concilier vie professionnelle et vie familiale. Elle doit cependant rester un choix, et non une obligation pesante.
Une fête née d’une marque
En France, la fête des grands-mères est célébrée le premier dimanche de mars. Elle a une origine commerciale : elle a été lancée en 1987 par une marque de café. Elle est depuis entrée dans les usages. La fête des grands-pères, créée plus récemment, a lieu début octobre. L’origine de ces dates importe peu. Elles offrent une occasion de plus de célébrer un lien qui, lui, n’a rien d’artificiel.
Pour aller plus loin
Kristen Hawkes et al., « Grandmothering, menopause, and the evolution of human life histories », PNAS, 1998
Sara M. Moorman et Jeffrey E. Stokes, « Solidarity in the Grandparent–Adult Grandchild Relationship », The Gerontologist, 2016
Claudine Attias-Donfut et Martine Segalen, Grands-parents. La famille à travers les générations, Odile Jacob, 1998
Insee, enquêtes sur les relations familiales
Drees, études sur l’aide entre générations
Fiche de production — ne pas publier




