On l’ignore souvent, mais la forêt de France métropolitaine n’a jamais été aussi étendue depuis le Moyen Âge. Elle couvre près d’un tiers du territoire, soit environ deux fois plus qu’au début du XIXe siècle. Cette reconquête silencieuse a des causes historiques précises. Elle se heurte aujourd’hui à des défis nouveaux.

Un recul millénaire

Pendant des siècles, la forêt française a reculé. Les défrichements du Moyen Âge, liés à la croissance de la population, ont gagné des terres pour l’agriculture. La forêt fournissait aussi l’essentiel de l’énergie et des matériaux. Le bois servait à se chauffer, à construire, à fabriquer des outils et des navires. Les forges, les verreries et les salines en consommaient d’énormes quantités.

Les pouvoirs publics s’en inquiètent très tôt. En 1669, Colbert promulgue une grande ordonnance sur les eaux et forêts. Il s’agit notamment de garantir le bois nécessaire à la marine royale. Certaines forêts plantées à cette époque, comme celle de Tronçais, dans l’Allier, abritent encore aujourd’hui des chênes remarquables.

Le point le plus bas est atteint au milieu du XIXe siècle. La forêt ne couvre plus alors qu’environ 9 millions d’hectares, selon les estimations des historiens.

La reconquête

Depuis, la tendance s’est inversée. Selon l’Inventaire forestier national, réalisé par l’IGN, la forêt couvre aujourd’hui environ 17 millions d’hectares en France métropolitaine, soit près d’un tiers du territoire. C’est le quatrième pays le plus boisé de l’Union européenne en surface.

Cette progression continue. La surface forestière s’accroît encore chaque année, à un rythme plus modéré qu’au siècle dernier.

L’exode rural, premier moteur

La principale cause de cette reconquête est l’exode rural. À partir du milieu du XIXe siècle, les campagnes se vident progressivement. Les paysans partent vers les villes et les usines. Les terres les moins fertiles, les plus pentues ou les plus éloignées sont abandonnées.

Sur ces terres délaissées, la forêt revient d’elle-même. Les friches se couvrent de buissons, puis d’arbres pionniers comme le bouleau ou le pin, avant que d’autres essences ne s’installent. Une large part de la forêt actuelle est née ainsi, spontanément.

Le charbon, puis le pétrole, remplacent par ailleurs le bois comme source d’énergie. La pression sur les forêts diminue.

Les grandes politiques de boisement

Des politiques volontaristes ont aussi joué. En 1827, un Code forestier réorganise la gestion des forêts publiques. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’État lance des programmes de restauration des terrains de montagne. Il s’agit de reboiser les pentes dénudées des Alpes et des Pyrénées pour lutter contre l’érosion et les crues torrentielles.

Le cas le plus spectaculaire est celui des Landes de Gascogne. Au milieu du XIXe siècle, la région est une vaste lande marécageuse, parcourue par des bergers montés sur des échasses. Une loi de 1857 impose aux communes d’assainir et de boiser leurs terrains. Le pin maritime s’y étend sur des centaines de milliers d’hectares. La forêt des Landes devient l’un des plus grands massifs artificiels d’Europe.

Après la Seconde Guerre mondiale, le Fonds forestier national, créé en 1946, finance à son tour de nombreuses plantations, notamment de résineux.

Qui possède la forêt ?

On imagine souvent la forêt française comme un bien public. C’est inexact. Environ trois quarts de la surface forestière métropolitaine appartiennent à des propriétaires privés. Ils sont plusieurs millions, et beaucoup possèdent de petites parcelles de moins de quelques hectares, souvent héritées.

Le quart restant est public. Il comprend les forêts domaniales, propriété de l’État, et les forêts des communes et d’autres collectivités. L’Office national des forêts, créé en 1964, en assure la gestion.

Une forêt variée

La forêt métropolitaine est majoritairement composée de feuillus. Le chêne, sous ses différentes espèces, en est l’essence principale. Le hêtre, le châtaignier et le charme sont aussi très répandus. Les résineux, comme le pin maritime, l’épicéa, le sapin ou le douglas, occupent environ un tiers de la surface.

Cette diversité est une richesse. Elle varie fortement selon les régions, du massif landais dominé par le pin aux hêtraies des montagnes et aux chênaies du Centre.

Les fragilités nouvelles

La progression des surfaces ne doit pas faire oublier les difficultés. Depuis une dizaine d’années, l’IGN observe une hausse de la mortalité des arbres. Les sécheresses répétées, en particulier celles de 2018 à 2022, ont affaibli de nombreux peuplements. Les insectes ravageurs, comme les scolytes, ont profité de cette faiblesse. Ils ont décimé une partie des épicéas du Nord-Est.

La croissance des arbres ralentit également. En conséquence, la capacité de la forêt à absorber du carbone a nettement diminué au cours de la dernière décennie, selon les données de l’Inventaire forestier. Les incendies, longtemps concentrés dans le Sud-Est, touchent désormais d’autres régions, comme l’a montré l’été 2022 en Gironde.

Se promener en forêt

La forêt française est aussi un immense espace de loisir. Les forêts publiques, gérées par l’Office national des forêts, accueillent chaque année des millions de promeneurs. Marcher en forêt, observer les essences, reconnaître les traces d’animaux : autant de façons de mieux comprendre ce patrimoine vivant.

Préparer la forêt de demain

Les forestiers doivent anticiper des conditions climatiques qui évolueront plus vite que les arbres. Un chêne planté aujourd’hui sera récolté dans plus d’un siècle. Plusieurs pistes sont étudiées : diversifier les essences, mélanger les âges, favoriser la régénération naturelle, tester des essences plus résistantes à la sécheresse.

Ces choix font l’objet de débats entre forestiers, scientifiques et associations. Ils portent sur la place des plantations, la nature des essences introduites ou l’équilibre entre production de bois et préservation des écosystèmes. Ils montrent que la forêt, que l’on croyait éternelle, est un patrimoine vivant qu’il faut accompagner.

Pour aller plus loin

IGN, Inventaire forestier national, Mémento annuel et rapports sur la forêt française

Office national des forêts, dossiers historiques

Code forestier de 1827

Loi du 19 juin 1857 relative à l’assainissement et à la mise en culture des Landes de Gascogne

Andrée Corvol, L’Homme aux bois. Histoire des relations de l’homme et de la forêt, Fayard, 1987

Fiche de production — ne pas publier