Restaurer une horloge ancienne, souffler un vase, relier un livre à la main, dorer un cadre à la feuille d’or : ces gestes relèvent des métiers d’art. La France en a établi une liste officielle. Ces savoir-faire, parfois menacés, attirent aussi bien des jeunes que des adultes en reconversion. Ils demandent une passion, et beaucoup de patience.
Une définition officielle
Qu’est-ce qu’un métier d’art ? La loi du 18 juin 2014, relative à l’artisanat, au commerce et aux très petites entreprises, en a donné une définition. Relèvent des métiers d’art les personnes qui exercent une activité indépendante de production, de création, de transformation ou de reconstitution, de réparation ou de restauration du patrimoine, caractérisée par la maîtrise de gestes et de techniques en vue du travail de la matière. Cette activité nécessite un apport artistique.
Un arrêté du 24 décembre 2015 fixe la liste précise de ces métiers. Elle comprend 198 métiers et 83 spécialités, soit 281 activités, réparties en seize domaines. Parmi eux figurent l’architecture et les jardins, l’ameublement et la décoration, la bijouterie, le métal, le textile, le cuir, le verre, la céramique, le papier, les instruments de musique, la mode, la restauration.
Une immense diversité
Derrière cette liste se cache une variété étonnante. On y trouve des métiers connus, comme ébéniste, potier, bijoutier ou luthier. D’autres sont plus confidentiels : plumassier, qui travaille les plumes pour la mode et la décoration, éventailliste, émailleur sur métal, marqueteur de paille, doreur à la feuille, fabricant de tapis, staffeur ornemaniste.
Certains métiers sont liés au patrimoine. Les tailleurs de pierre, charpentiers, vitraillistes ou couvreurs-ornemanistes restaurent les monuments historiques. Le chantier de Notre-Dame de Paris, après l’incendie de 2019, a mis en lumière ces savoir-faire, et la difficulté à trouver assez de professionnels qualifiés.
D’autres sont liés au luxe et à la mode. Les grandes maisons françaises font appel à des brodeurs, des plisseurs, des maroquiniers, des orfèvres. Elles ont souvent racheté des ateliers pour préserver ces compétences.
Un secteur fait de petites entreprises
Le secteur des métiers d’art est composé majoritairement de très petites entreprises, souvent individuelles. Beaucoup d’artisans travaillent seuls ou avec un ou deux salariés. Ils sont à la fois créateurs, fabricants, commerciaux et gestionnaires.
Les conditions économiques sont contrastées. Certains ateliers prospèrent, grâce à une clientèle fidèle, au luxe ou aux commandes publiques de restauration. D’autres vivent difficilement, avec des revenus modestes et irréguliers. La concurrence de produits industriels moins chers, le coût du temps passé et la difficulté à se faire connaître pèsent sur l’activité.
Des métiers qui recrutent
Paradoxalement, certains métiers d’art manquent de bras. De nombreux artisans partent à la retraite sans trouver de successeur. Des savoir-faire rares risquent de disparaître faute de transmission. Les entreprises de restauration du patrimoine et les ateliers travaillant pour le luxe cherchent régulièrement des profils qualifiés.
Les difficultés de recrutement tiennent à plusieurs facteurs. La formation est longue. Les métiers restent mal connus des jeunes et de leurs familles. Ils souffrent parfois d’une image vieillotte, alors même qu’ils intègrent des techniques nouvelles.
Comment se former
Plusieurs voies de formation existent, selon le niveau et l’âge.
Le CAP, en deux ans, permet d’acquérir les bases d’un métier. Il existe des CAP pour de nombreux métiers d’art, de l’ébénisterie à la bijouterie.
Le brevet des métiers d’art approfondit la maîtrise technique.
Le diplôme national des métiers d’art et du design, créé en 2018, se prépare en trois ans après le baccalauréat.
L’apprentissage, chez un artisan, reste une voie privilégiée pour transmettre le geste.
Les Compagnons du Devoir proposent un parcours original, fondé sur l’apprentissage et le voyage de ville en ville, le « tour de France ».
Des écoles spécialisées, publiques ou privées, existent pour certains métiers, comme la lutherie, le vitrail ou la restauration.
Les adultes en reconversion peuvent aussi accéder à ces formations, par exemple grâce au compte personnel de formation ou aux dispositifs de transition professionnelle. Beaucoup de professionnels des métiers d’art ont commencé une autre carrière avant de s’y consacrer.
Les dispositifs de reconnaissance
Plusieurs dispositifs valorisent l’excellence de ces savoir-faire. Le titre de Maître d’art, créé en 1994 par le ministère de la Culture, est attribué à des professionnels qui maîtrisent des savoir-faire rares. Il s’accompagne d’une mission de transmission à un élève, pendant plusieurs années.
Le label Entreprise du patrimoine vivant, créé en 2005, distingue des entreprises pour leurs savoir-faire artisanaux et industriels d’excellence. Le concours d’un des Meilleurs ouvriers de France récompense aussi de nombreux artisans d’art.
Rencontrer les artisans
Chaque printemps, les Journées européennes des métiers d’art ouvrent les portes de milliers d’ateliers en France et dans d’autres pays d’Europe. Le public peut y découvrir les gestes, les outils et les matières. C’est une excellente occasion de mieux connaître ces métiers, et pour certains de faire naître une vocation.
Des métiers en évolution
Les métiers d’art ne sont pas figés dans le passé. Beaucoup d’artisans associent gestes traditionnels et outils modernes, comme la découpe numérique ou l’impression en trois dimensions. Ils collaborent avec des designers, des architectes, des maisons de mode, et inventent des objets contemporains.
Une économie du temps long
Les métiers d’art obéissent à une logique particulière. Leurs objets demandent du temps, parfois des centaines d’heures. Ils sont faits pour durer, se réparer, se transmettre. À l’heure où beaucoup s’interrogent sur le sens de leur travail et sur la consommation jetable, ces métiers offrent une autre manière de produire. Ils ne sont pas une solution à tout. Mais ils rappellent que la main, l’œil et la patience restent des ressources précieuses.
Pour aller plus loin
Arrêté du 24 décembre 2015 fixant la liste des métiers de l’artisanat d’art
Institut pour les savoir-faire français (anciennement Institut national des métiers d’art)
Ministère de la Culture, dispositif des Maîtres d’art
Journées européennes des métiers d’art, site officiel
Onisep, fiches métiers de l’artisanat d’art
Fiche de production — ne pas publier




