Les nuages ne sont pas seulement beaux à regarder. Ils racontent ce qui se passe dans l’atmosphère et ce qui risque d’arriver dans les heures suivantes. Depuis plus de deux siècles, les météorologues les classent selon un système commun. Avec un peu d’entraînement, chacun peut apprendre à les reconnaître.
Un pharmacien et des noms latins
Au début du XIXe siècle, un pharmacien anglais passionné de météorologie, Luke Howard, propose une classification des nuages. Il la présente en 1802 et la publie l’année suivante. Il s’inspire de la méthode des naturalistes, qui classent les plantes et les animaux avec des noms latins.
Il distingue trois formes de base. Le cirrus, du latin « boucle de cheveux », désigne les nuages en filaments. Le cumulus, « amas », désigne les nuages en tas. Le stratus, « étendu », désigne les nuages en couches. Il y ajoute le nimbus, « nuage de pluie ». Les combinaisons de ces mots permettent de nommer les formes intermédiaires.
Ce système est adopté dans le monde entier. Le premier Atlas international des nuages est publié en 1896. L’Organisation météorologique mondiale en publie aujourd’hui une édition numérique, mise à jour en 2017.
Trois étages
Les nuages se répartissent en trois étages, selon leur altitude. Les limites indiquées valent pour les latitudes moyennes, comme celles de la France.
L’étage supérieur, au-dessus d’environ 5 000 mètres. Les nuages y sont composés de cristaux de glace.
L’étage moyen, entre environ 2 000 et 7 000 mètres. Les nuages y mêlent gouttelettes d’eau et cristaux.
L’étage inférieur, en dessous d’environ 2 000 mètres. Les nuages y sont surtout composés de gouttelettes.
Certains nuages s’étendent sur plusieurs étages. C’est le cas des nuages d’orage.
Les nuages d’altitude
Le cirrus forme des filaments blancs et délicats, parfois recourbés en crochet. On l’appelle familièrement « queue de cheval ». Il ne donne pas de pluie.
Le cirrocumulus se présente en petits flocons blancs, très fins, disposés en rangées. C’est le célèbre « ciel pommelé ».
Le cirrostratus est un voile blanchâtre et transparent qui couvre le ciel. Il produit souvent un halo autour du Soleil ou de la Lune.
Les nuages de l’étage moyen
L’altocumulus forme des bancs de nuages blancs ou gris, en galets ou en rouleaux, plus gros que ceux du cirrocumulus. Pour les distinguer, tendez le bras vers le ciel : un élément d’altocumulus a à peu près la taille de l’ongle du pouce, un élément de cirrocumulus celle de l’ongle du petit doigt, ou moins.
L’altostratus est une couche grisâtre ou bleutée, uniforme. Le Soleil y apparaît comme à travers un verre dépoli, sans halo.
Les nuages bas
Le stratocumulus forme des bancs gris ou blanchâtres, avec des parties sombres. C’est le nuage le plus répandu sur la planète.
Le stratus est une couche grise et uniforme, à faible altitude. Il peut donner de la bruine. Le brouillard est un stratus qui touche le sol.
Le nimbostratus est une couche sombre et épaisse qui masque complètement le Soleil. Il donne des pluies ou des neiges continues, souvent pendant plusieurs heures. Il appartient à l’étage moyen par sa base, mais s’étend souvent vers le bas et vers le haut.
Les nuages à développement vertical
Le cumulus est le nuage du beau temps. Il forme des tas blancs à base plate, aux contours nets, qui ressemblent à des choux-fleurs. Il naît souvent en fin de matinée, quand le Soleil chauffe le sol.
Le cumulonimbus est le roi des nuages. C’est un nuage d’orage, immense, qui peut s’élever jusqu’à plus de 10 kilomètres d’altitude. Son sommet s’étale souvent en forme d’enclume. Il apporte averses violentes, grêle, éclairs et rafales.
Lire les signes du temps
Les nuages donnent des indications utiles, à condition d’observer leur évolution plutôt qu’un instant isolé.
Des cirrus qui envahissent le ciel, suivis d’un voile de cirrostratus puis d’altostratus, annoncent souvent l’arrivée d’une perturbation et de la pluie, dans les douze à vingt-quatre heures.
Un halo autour du Soleil ou de la Lune indique la présence de cirrostratus. Il précède souvent une dégradation.
Des cumulus qui grossissent rapidement en début d’après-midi, deviennent plus hauts que larges et se teintent de gris peuvent évoluer en cumulonimbus. C’est un signal d’orage.
Des altocumulus en forme de petites tours crénelées, observés le matin en été, annoncent souvent des orages dans la journée. On les appelle altocumulus castellanus.
Des cumulus aplatis qui restent petits toute la journée indiquent un temps stable.
Ces signes ne remplacent pas les prévisions météorologiques. Ils permettent d’affiner son jugement, en randonnée ou au jardin.
Les nuages spectaculaires
Certaines formes plus rares font la joie des observateurs. Les nuages lenticulaires, en forme de lentille ou de soucoupe, se forment au-dessus des reliefs. Les mammatus, sortes de poches arrondies sous la base d’un nuage, accompagnent souvent les orages. L’asperitas, aux ondulations tourmentées, a été officiellement ajouté à l’Atlas international en 2017, en partie grâce aux photographies envoyées par des amateurs.
Apprendre à regarder
Le meilleur moyen de reconnaître les nuages est de les observer souvent. Prenez l’habitude de lever les yeux, de noter ce que vous voyez et ce qui se passe ensuite. Des applications et des sites spécialisés permettent de comparer vos photographies avec des modèles. Au bout de quelques semaines, le ciel deviendra un livre ouvert, toujours renouvelé.
Pour aller plus loin
Organisation météorologique mondiale, Atlas international des nuages, édition numérique 2017
Météo-France, fiches pédagogiques « Les nuages »
Luke Howard, Essay on the Modifications of Clouds, 1803
Gavin Pretor-Pinney, Le Guide du chasseur de nuages, Jean-Claude Lattès, 2007
Fiche de production — ne pas publier




